10 août 1792 :
Alors que la date du jour marque le 234e anniversaire du sacrifice des Gardes Suisses aux Tuileries à Paris, il convient de nous pencher sur un aspect moins connu de l’histoire des régiments suisses au service du roi de France, celui des étrangers incorporés en leur sein au moment du crépuscule de la monarchie. L’histoire des Suisses au service du roi de France fut largement mythifiée dès le 19e siècle, glorifiant le sacrifice de ces Suisses au commandement en partie absent et hésitant, qui ont défendu un palais des Tuilerie vide que le roi Louis XVI avait quitté pour se rendre à l’Assemblée nationale
Ce que l’on sait moins, c’est que si environ 300 Suisses ont perdu la vie en août aux Tuileries et en septembre 1792 lors des massacres, ils furent aussi 350 à avoir rejoint la cause des révolutionnaires selon l’historien Alain-Jacques Tornare qui a minutieusement étudié les événements. L’historien américain Christopher Tozzi dans sa recherche consacrée aux troupes étrangères sous l’Assemblée constituante a aussi mis en évidence le fait que la nature du recrutement dans les régiments étrangers au service de France changea considérablement pendant les dernières décennies de la monarchie. Les origines des soldats devinrent de plus en plus diverses. Ce constat fut aussi valable, même si c’est dans une moindre mesure, chez les Gardes Suisses ainsi qu’en témoigne le cas d’un Parisien pure souche, enrôlé dans la Garde soldée à Genève et futur général français sous l’Empire, Pierre-Augustin Hulin (1758-1841).
Déserteur de la garnison soldée de Genève en 1785, il fut un des meneurs de la prise de la Bastille en 1789. Vingt-trois ans plus tard, devenu général, il sauva l’Empire au moment du putsch du général Malet du 23 octobre 1812 alors que Napoléon 1er était embourbé en Russie.
Pierre-Augustin Hulin, dont le nom est parfois orthographié Hullin avait ainsi servi à plusieurs reprises au sein du régiment des Gardes Suisses avant la Révolution sans être originaire d’un canton de l’ancienne Confédération ou d’un allié des Suisses. Une consultation de son dossier au Service historique de la Défense à Vincennes le démontre. Une première fois du 22 avril 1773 jusqu’au 4 novembre 1776 avant de reprendre du service au sein du régiment de Touraine-Infanterie jusqu’au 15 juin 1779. Puis à nouveau aux Gardes Suisses dès le 6 juillet 1779. Promu sergent en 1780, il figura à l’effectif jusqu’au 24 novembre 1787.
Que ceci ne nous dispense pas d’avoir aujourd’hui une pensée pour les Gardes Suisses tombés le 10 août aux Tuileries en 1792 et ceux qui furent torturés, mutilés et assassinés lors des « Massacres de septembre » qui suivirent.
Claude Bonard
Source : Dossier personnel de pierre-Augustin Hulin conservé au Service historique de la Défense à Vincennes, cote GR7Yd461 (d.r.).
Pour en savoir plus, lire : https://shs.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe…
- Bonard Claude
« Un « Genevois » prend la Bastille en 1789 et sauve l’Empire en 1812 »
Passé simple, mensuel romand d’histoire et d’archéologie
Numéro 68, octobre 2021.
- Forney Jacques: Le Conseil Militaire et le Régiment de la République 1782-1789, (Genève, non publié), 1972, 140 p. Mémoire de licence, Faculté des Lettres, Section d’histoire nationale Prof. L. Binz, Université de Genève.
- A propos du complot Malet : Lentz Thierry, la conspiration du général Malet, Paris, Perrin, 2011, 339 p.
Photo CB : Extrait du dossier militaire de Hulin.